Le passage d’un pays à un autre

Le passage d’un pays à un autre

Il y a près de quatre décennies, j’ai accompagné ma petite famille dans notre voyage vers Montréal, au Canada, convaincu que nous nous éloignions ainsi du retard de nos pays d’origine pour nous installer dans un pays où l’on ne ferait aucune distinction entre les êtres humains, si ce n’est en fonction de leurs qualités morales, de leurs connaissances et de leur capacité à cohabiter avec les peuples qui les avaient précédés sur ces terres et qui partagent avec eux la vie sur cette planète.

Pourtant, le résultat n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Nous avons découvert, à notre grande surprise, que nous étions passés, comme le dit le proverbe, « de Charybde en Scylla », autrement dit, d’une situation difficile à une situation pire encore.

Nos pays d’origine souffrent du fait qu’ils sont composés de communautés appartenant à différentes religions et confessions, dont certains membres semblent toujours prêts à s’en prendre les uns aux autres, soit pour réprimander ceux qui ne partagent pas leurs croyances, soit pour s’attaquer à ceux qui cherchent à faire aboutir des revendications incompatibles avec leurs intérêts ou leurs convictions. Quant au nombre de personnes qui, au cours de l’histoire, ont perdu la vie à cause de conflits religieux et confessionnels, il est presque impossible de le recenser. Beaucoup sont allés jusqu’à se livrer à des combats meurtriers, persuadés d’être les représentants de Dieu sur Terre, convaincus que le Créateur leur avait confié la mission de corriger ceux qui ne se soumettent pas et d’ôter la vie à ceux qui transgressent les enseignements auxquels ils adhèrent.

Ce qui est étonnant, c’est que, lors des dernières élections qui se sont déroulées dans notre province, nous avons assisté à une surenchère entre les partis politiques autour de programmes et de positions qui varient d’un groupe à l’autre. Certains agissent comme si le droit de gouverner ce pays revenait exclusivement aux descendants de ceux qui y étaient établis avant eux, tandis que les autres peuples qui ont contribué à bâtir ce pays et à s’y installer ne méritaient pas la même considération, comme si leur présence et leurs droits avaient moins de valeur que ceux des autres.

C’est ici que se pose la question essentielle : peut-on bâtir une nation sur la haine semée entre ses citoyens ?

Les différences entre les peuples se manifestent de plusieurs façons, parmi lesquelles je citerai :

  • La couleur de la peau ;
  • Les traits du visage et la constitution physique ;
  • Le nom que porte une personne ;
  • La langue qu’elle parle ;
  • Son accent ;
  • Les croyances religieuses auxquelles elle adhère.

Mais ces différences suffisent-elles à justifier la discrimination entre les êtres humains ou à déterminer qui mérite d’appartenir à un pays plutôt qu’un autre ?

En définitive, nous constatons que les fondements sur lesquels de nombreuses sociétés se sont construites au cours des dernières décennies demeurent inchangés et que les progrès et l’élévation morale que nous espérions n’ont pas été réalisés dans la mesure souhaitée. Au lieu de tourner la page sur un passé marqué par les tragédies et les souffrances, nous continuons à lui permettre de dicter notre présent et de dessiner les contours de notre avenir.

Nous nous retrouvons ainsi face à un paradoxe douloureux : nous quittons un pays pour un autre à la recherche d’une vie meilleure et d’une société plus juste et plus équitable, pour découvrir que l’être humain peut changer de terre, mais qu’il ne parvient pas toujours à se libérer des idées héritées ni des rancœurs transmises de génération en génération.

Le véritable salut résiderait-il donc dans le passage d’un pays à un autre, ou plutôt dans le passage d’une mentalité à une autre, d’une culture de la haine et de l’exclusion à une culture de l’acceptation, du respect et de la coexistence ?

قياسي

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